The IT Circle

Le cercle informatique : entretien avec Manuel Cuesta, CIO Rubis

Alessandro Mauro
Chef d'équipe
January 27, 2026
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Entretien avec Manuel Cuesta, CIO du groupe Rubis Energie.

Dans cette conversation, Manuel explique ce qui rend réellement les responsables informatiques efficaces au fil du temps : pas seulement la profondeur technique, mais aussi la capacité à établir des relations et à connecter des personnes très différentes. Il illustre cela avec un projet déterminant chez DHL, dans le cadre duquel le succès d'un transfert sur appel dépendait bien davantage de la confiance, des incitations et de la gestion du changement que de la technologie. En ce qui concerne l'IA, il voit un changement comparable à l'arrivée d'Internet, avec un défi majeur : l'éducation. Pour lui, les DSI doivent agir en tant que traducteurs, aidant les organisations à passer du battage médiatique et des suppositions à une véritable compréhension. Il souligne également pourquoi la visibilité sur le paysage des applications et des actifs est devenue essentielle, d'autant plus que le SaaS étend le périmètre du système d'information, souvent au-delà de ce que l'informatique pense détenir. À l'avenir, il s'attend à ce que le rôle du DSI soit moins centré sur l'infrastructure et davantage axé sur deux piliers : la cybersécurité (identité et accès) et l'architecture (faire en sorte qu'une pile SaaS en pleine croissance fonctionne réellement ensemble, avec des données cohérentes).

Quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui se lance dans l'informatique en 2026 : bonnes pratiques et erreurs à éviter

Manuel souligne un paradoxe : l'informatique est profondément technique, mais bon nombre des défis les plus complexes deviennent rapidement humains. Les écoles d'ingénieurs et de commerce enseignent bien les technologies (codage, projets, systèmes), et c'est cette base technique qui donne de la crédibilité. Mais au fur et à mesure que la carrière progresse, la réussite dépend de plus en plus des relations, de l'influence et de la capacité à rassembler les gens.

Son principal conseil est de ne pas tout investir dans « uniquement la technique », même dans des domaines très prisés comme l'IA ou la cybersécurité. Il recommande de passer du temps réel à créer un réseau, à se familiariser avec différents domaines et à apprendre à interagir avec des profils très différents.

Il encourage également les professionnels en début de carrière à ne pas rester trop longtemps dans leur première entreprise. L'expérience de différents contextes au cours des 10 premières années accélère l'apprentissage et élargit les perspectives. Le conseil peut aider à faire face à de fréquents changements de mission, mais l'idée principale est de se déplacer et de voir plusieurs environnements.

💡 « Au fur et à mesure que vous progressez, les problèmes les plus difficiles deviennent hautement humains. La technologie est la base, mais les projets réussissent grâce aux relations et à la capacité de connecter les bonnes personnes. »
Parlez-moi du projet informatique dont vous êtes le plus fier

Manuel décrit l'expérience déterminante qu'il a vécue dans le cadre de son deuxième poste, chez DHL International. En tant que chef de projet informatique, il a travaillé sur diverses initiatives techniques, mais un projet s'est démarqué : le transfert des tâches informatiques d'astreinte de la France vers un centre opérationnel au Royaume-Uni, dans le cadre de la création d'un cluster européen.

Ce qui l'a rendu mémorable, c'est que la composante technologique était relativement petite, alors que la dimension humaine était énorme. Le travail sur appel a une incidence directe sur la vie des gens et s'accompagne souvent d'une compensation importante. La préoccupation de Manuel était simple : comment supprimer les tâches d'astreinte de cinq personnes tout en faisant du projet un succès ?

Il s'est attaché à comprendre la réalité qui sous-tend ce changement :

  • plusieurs déjeuners avec l'équipe de France pour comprendre les contraintes et les motivations
  • se rendre au Royaume-Uni pour rencontrer l'équipe qui prendra le relais, en tant que personnes réelles, et non en tant que « pays »
  • travailler avec les RH pour trouver de la flexibilité, y compris des ajustements de rémunération

Après environ six mois, le transfert était terminé. Pour l'équipe de France, cela a supprimé le fardeau des contraintes d'astreinte et Manuel a réussi à réintégrer une grande partie de la rémunération de garde dans son salaire fixe. Du côté britannique, un solide professionnalisme, des procédures et une longue période d'observation les ont aidés à gérer même les incidents les plus difficiles.

Pour Manuel, il s'agissait du premier projet où le succès informatique découlait clairement du lien humain plutôt que du système technique.

💡 « C'était un projet informatique, mais ce sont les déjeuners, les cafés et le renforcement de la confiance entre les gens qui l'ont fait fonctionner. »
Quel impact avez-vous constaté des outils d'IA dans un environnement SaaS déjà complexe ?

Manuel considère les capacités d'IA du SaaS comme des accélérateurs. Nombre de ces fonctionnalités sont difficiles à déployer sur site, c'est pourquoi le SaaS facilite et accélère leur adoption.

Le facteur limitant aujourd'hui, selon lui, est la formation et les connaissances. Il observe beaucoup de fantasmes et de malentendus, avec beaucoup de choses qui ne sont pas dites clairement ou qui ne sont pas comprises. Même lui pense qu'il y a encore beaucoup à apprendre.

Il considère l'IA comme une véritable révolution, comparable à l'émergence d'Internet. De nombreuses personnes utilisent aujourd'hui ces outils pour accomplir « 80 % du travail », mais il existe encore un manque d'apprentissage quant à leur fonctionnement et à leur utilisation responsable et efficace.

C'est pourquoi il pense que les DSI et les responsables techniques doivent agir en tant qu'explicateurs et traducteurs, de la même manière que les organisations devaient auparavant informer les utilisateurs sur le courrier électronique, Internet, la connectivité et les logiciels de bureautique

💡 « Nous avons besoin de DSI qui expliquent et traduisent. L'IA est encore floue pour de nombreuses personnes, ce qui crée un obstacle à son adoption. »
Quelle est l'importance Visibilité informatique dans le paysage des applications pour réduire les risques de sécurité ?

Manuel associe directement la visibilité à une cybersécurité ciblée. À mesure que les attaques sont de plus en plus ciblées (il évoque l'idée des APT, menaces persistantes avancées), les défenses doivent également être ciblées. Les organisations parlent souvent d'identifier les « joyaux de la couronne », les actifs les plus critiques du système d'information.

Mais cela ne fonctionne que si vous avez une vision suffisamment exhaustive des actifs que vous possédez réellement. Gestion des actifs logiciels visant la découverte totale, il considère que la première étape consiste à savoir ce qui existe, avant de décider comment le protéger.

Le principal défi est que le SaaS a étendu le périmètre du système d'information. Même dans les entreprises de taille moyenne, le service informatique ne sait souvent pas exactement ce qui est utilisé, car le véritable système d'information est plus vaste que ce que les gens pensent.

La visibilité des bâtiments, y compris l'utilisation du SaaS, est le point de départ pour reprendre le contrôle de la portée et réduire ainsi les risques.

💡 « Avant de décider comment vous protéger, vous devez identifier ce que vous devez protéger. Le SaaS a rendu le système d'information plus grand que nous ne le pensons. »
Quelles sont les meilleures pratiques en matière de communication informatique avec le reste de l'organisation ?

Manuel encadre la communication avec trois paramètres :

  • variété (ne communiquez pas toujours de la même manière)
  • intensité (qualité et substance)
  • fréquence (la plus importante pour lui)

Si la communication n'est pas assez fréquente, le service informatique finit par ne communiquer qu'en cas de crise. Ensuite, la perception devient la suivante : chaque fois que les gens entendent parler de l'informatique, quelque chose ne va pas. En communiquant régulièrement (mises à jour de statut, newsletters, n'importe quel canal), l'informatique renforce la proximité et la confiance, car les utilisateurs se souviennent de tous les « trains arrivés à l'heure », et pas seulement des incidents.

Un contact régulier facilite les moments difficiles, car la relation existe déjà.

💡 « Si vous ne communiquez pas souvent, vous ne communiquez que pendant les crises. La fréquence modifie la perception et renforce la confiance. »
À quoi ressemblera le rôle du CIO dans 5 à 10 ans ?

Manuel s'attend à ce que le changement le plus important concerne les infrastructures. Par infrastructure, il entend les centres de données, les télécommunications, les serveurs et la virtualisation. Même s'il y a quelques revirements vers le cloud sur site, il pense que le mouvement à long terme vers le cloud est structurel. Cela signifie moins de concentration sur le matériel et les couches de bas niveau, et davantage sur les applications.

Cela conduit à une question courante : si tout est SaaS, que reste-t-il au CIO ?

Pour lui, deux domaines restent essentiels :

  1. La cybersécurité, en particulier la gestion des identités et le contrôle d'accès, garantissant la maîtrise des autorisations et des autorisations.
  2. Architecture, car disposer de 100 applications SaaS ne suffit pas : à un moment donné, l'organisation en a besoin pour communiquer, échanger des données et rester cohérente. Les API, l'intégration et la cohérence des données deviennent fondamentales. Trop souvent, les gens pensent que cette couche est déjà résolue et souhaitent ajouter l'IA ou la BI « en plus » de données fragmentées et incohérentes.

Le DSI de demain est donc moins un expert en infrastructure que la personne qui sécurise le système et assemble l'architecture globale.

💡 « Le CIO de demain garantit la cybersécurité et agit en tant qu'architecte qui connecte toutes les technologies. Sans données cohérentes, tout ce qui se trouve au sommet est fragile. »
Que pensez-vous de la formation informatique et de l'apprentissage continu ?

Manuel pense que les professionnels de l'informatique, et les scientifiques en général, apprécient généralement l'apprentissage, qui constitue un terrain fertile pour le développement continu. Le rythme de l'évolution du numérique est également une fonction contraignante : contrairement à l'industrie lourde où les actifs peuvent rester stables pendant des décennies, les applications le restent rarement même pendant quelques années.

Il considère que l'apprentissage continu est naturel et structurel en informatique. Il existe également de nombreux catalyseurs aujourd'hui : des plateformes d'apprentissage en ligne et des communautés en pleine croissance.

Ses conseils pratiques sont de varier au maximum les modes d'apprentissage :

  • pratique pratique
  • théorie et apprentissage structuré
  • discussions avec d'autres personnes et échange entre pairs

Il encourage également la recherche de perspectives multiples, en particulier dans une période où les certitudes sont moins nombreuses, comme avec l'IA. Plusieurs points de vue permettent une compréhension plus précise que de s'engager dans un seul récit.

💡 « Variez votre façon d'apprendre et recherchez de multiples points de vue. Avec l'IA, il y a moins de certitudes, il faut donc avoir des points de vue différents pour bien comprendre. »

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